Expo en cours

Nouvel accrochage pour 2020

Du 01 Février 2020 au 31 Décembre 2020
La Rencontre du Cannibale et des Carnassiers (détail), d'après Daniel Riberzani, tissage Atelier Legoueix, 1984. Collection particulière.

Dès sa réouverture le 1er février 2020, la Cité internationale de la tapisserie présente une Nef des Tentures repensée : plus de trente tapisseries, soit près des deux tiers des œuvres tissées mises en avant dans cet espace sont renouvelées afin de présenter l’évolution de l’art du tissage pendant près de six siècles dans la région d’Aubusson, avec notamment de nouvelles grandes séries narratives du XVIIe siècle, jusqu’aux signatures les plus prestigieuses du XXe siècle, comme Picasso, Vasarely, Kandisky, Le Corbusier ou encore Matégot.

À partir de la première moitié du XVIIe siècle, les cartonniers de la région d’Aubusson accompagnent la popularité des grandes œuvres littéraires, des récits bibliques, mythologiques ou littéraires, en proposant des séries de tapisseries, appelées « tentures » tirées d’estampes ou de peintures ; l’importance des surfaces tissées permettant de dérouler le fil narratif d’une histoire. En 2020, la section consacrée aux grandes tentures narratives vous plonge dans de nouveaux récits : une pièce est issue d'une suite illustrant l'histoire d'Ariane d'après le roman Ariane de Jean Desmaret de Saint-Sorlin (1595-1676), Ariane accueille Mélinte à Syracuse (vers 1650) d’après Claude Vignon. Plusieurs œuvres sont signées du peintre Isaac Moillon : l’histoire de Didon et Enée se découvre à travers 2 œuvres, dont un don récent de Yvan Maes De Wit (Manufacture royale De Wit), Le Suicide de Didon. Les peintures d’Issac Moillon ont engendré onze tissages d’épisodes de l’histoire de Psyché, dont trois sont conservés à la Cité de la tapisserie et présentés dans cet accrochage.

Le Suicide de Didon (détail), d'après Isaac Moillon, XVIIe siècle, Aubusson, don de Yvan Maes De Wit (Manufacture royale De Wit).

Le XVIIIe siècle voit l’essor des tissages fins, réalisés pour une clientèle européenne friande de produits de luxe en ameublement. Montezuma et Cortés, notamment, représentant la rencontre entre le puissant chef aztèque Moctezuma et le conquistador de l’actuel Mexique Hernán Cortés, illustre le goût de l’exotisme en vogue à l’époque.

Une rareté accompagne ces tapisseries fines : un authentique plomb de la Manufacture Royale (vers 1760-1770) que l’on apposait afin de garantir la qualité et l’authenticité d’une tapisserie, l’un des seuls conservés dans une collection publique française.

Les productions du XXe siècle sont renouvelées, avec en ouverture une rarissime tapisserie de style Art Nouveau réalisées à Aubusson, Les Perroquets de Henry de Waroquier.

Les Perroquets, de Henry de Waroquier, 1901-1902, tissage de l'école Nationale d'Art Décoratif d'Aubusson, collection de l'ENAD d'Aubusson en dépôt à la Cité internationale de la tapisserie.

Sont mises en avant les recherches d’artistes comme Paul Deltombe en broderie, cette technique réalisée par les femmes de leur entourage proche leur permettant d’expérimenter la dimension textile de leurs œuvres en se détachant des pratiques des ateliers de tapisserie de l’époque. Ces recherches artistiques sont aujourd’hui considérées comme l’une des sources du mouvement de Rénovation de la tapisserie porté par l’École nationale d’Art décoratif et son directeur Antoine-Marius Martin dès 1917. Ainsi, l’on découvrira une broderie de Paul Deltombe, ami intime d’Antoine-Marius Martin, La Porteuse de fruits (offerte par le galeriste Berdj Achdjian à la suite de l’exposition temporaire de la Cité internationale de la tapisserie en 2018, « Broderies d’Artistes »). Le travail de l’École nationale d’Art Décoratif visant le renouveau de la tapisserie, et présenté notamment à travers l’Exposition internationale des Arts Décoratifs de Paris en 1925, est illustré par des œuvres de Paul Véra ou encore Georgette Agutte (qui sera la première artiste à faire don d’une série d’œuvres des avant-gardes françaises à une collection nationale).

La section consacrée au XXe siècle porte haut les couleurs des peintres cartonniers, avec, entre autres, la plus grande tapisserie de Jean Lurçat conservée dans les collections de la Cité de la tapisserie, Le Temps, ou encore L’Astrolabe de Jean Picart-Le-Doux. Le Cerf Volant du grand designer Mathieu Matégot rappelle son activité, peu connue aujourd’hui de peintre cartonnier – et qui pourtant sera si marquante pour lui qu’il délaissera peu à peu la création de mobilier design pour se consacrer à la création de cartons de tapisseries.

Cerf Volant, de Mathieu Matégot, 1952, tissage Atelier Tabard, collection Cité internationale de la tapisserie (acquis avec l'aide du FRAM Limousin).

Un portrait de Guy Sallandrouze (1934-2019) enfant, descendant de la famille Sallandrouze à l’origine de la plus grande manufacture d’Aubusson au début du XIXe siècle, témoigne de la résidence de Jean Lurçat avec sa famille à Aubusson, dans le contexte de la deuxième guerre mondiale. L’œuvre, don récent de la Société des Amis de la Cité internationale de la tapisserie et de son musée, est signée de la deuxième épouse de Jean Lurçat, Rossane, qui vécut à Aubusson de 1939 à 1941 et y fit le portrait de dizaines d’habitants, dont beaucoup de lissiers. Cette œuvre de grande qualité, parmi les sept portraits conservés par la Cité de la tapisserie, rend hommage à cette artiste, dessinatrice sensible et d’une grande délicatesse aujourd’hui éclipsée par le charisme de son mari.

Portrait de Guy Sallandrouze, par Rossane Lurçat, crayon sur papier, collection Cité internationale de la tapisserie, don de la Société des Amis de la Cité internationale de la tapisserie.

Le plan de relance de la tapisserie dans les années 1980, lancé par le Ministère de la Culture et le Centre national des Arts plastiques, est évoqué à travers une œuvre monumentale du peintre cartonnier Daniel Riberzani qui en fut le premier jeune boursier : La Rencontre du Cannibale et des Carnassiers, prêt d’une collectionneuse privée.

En parallèle des travaux des peintre cartonniers, l’on se plonge dans le mouvement des « tapisseries de peintres », nécessitant l’intervention d’un intermédiaire pour la transposition des maquettes des grands artistes en cartons pour la tapisserie, comme le fut notamment le professeur de l’École nationale d’Art décoratif d’Aubusson Pierre Baudouin. Les avant-gardes du XXe siècle y sont largement représentés, avec des œuvres de Robert Delaunay, Alexander Calder, Pablo Picasso, Max Ernst, Vassily Kandinsky, Victor Vasarely, pièces issues de prêts du Mobilier national ou d’acquisitions récentes. Prêt du Mobilier national, une pièce de Le Corbusier, L’ennui régnait au dehors, montre la collaboration, peu connue, entre Victor Vasarely et l’architecte pour la mise au point de nombreux cartons de tapisserie.

Le parcours s’achève sur une évocation des recherches des années 1930, avec notamment le monumental Saturne (l’homme) du diptyque Les Saisons et les Arts de Jean Lurçat pour l’éditrice Marie Cuttoli. Pomone, la femme de ce diptyque, est prêtée pour 2020 à la prestigieuse Fondation Barnes de Philadelphie, qui consacre une rétrospective aux tapisseries de Marie Cuttoli et emprunte également à la Cité de la tapisserie Shadows de Man Ray.

L’accrochage de la Nef permet d’observer la tapisserie et son carton : Cuttoli commandait aux artistes une huile sur toile qui était directement installée sur le métier et tissée !