5e prix – Appel à création 2015 "Aubusson tisse la mode".
Création – Vincent Blouin, designer né en 1980, français, vit et travaille en France (Paris) et Julien Legras, designer, français, vit et travaille en France (Paris).
Tissage – Manufacture Saint Jean, Aubusson
Tapisserie de basse lisse, chaîne coton, trame en laine
Vincent Blouin et Julien Legras sont deux designers associés dans le collectif Élément Commun. Ils partagent un intérêt pour les domaines scientifiques et techniques et travaillent sur les usages et les caractéristiques de l’environnement. Ils se sont spécialisés dans l'innovation produits et la scénographie, pensées en fonction des propriétés des matériaux. Les designers ont présenté leur projet Henri Cap comme une scénographie : trois casquettes à motifs de couronne reposent sobrement sur des socles d’exposition, à l’arrière trois tableaux de rois sont virtuellement accrochés au mur : Henri IV, Louis XIV et Louis XV se retrouvant coiffés des dites casquettes.
Les designers rappellent ici l’importance dans l’histoire du statut de la tapisserie, apanage des plus puissants. La casquette est à l’inverse un objet courant, moderne et populaire. L’anachronisme et le caractère insolite du mélange couronne/casquette désacralise avec humour la royauté en même temps qu’ils idolâtrent la casquette, accentuant son impact contemporain sous une forme élégante et excentrique.
6e prix – Appel à création 2015, "Aubusson tisse la mode"
Création – Capucine Bonneterre, née en 1987, française, vit et travaille en France (Paris).
Tissage – Atelier A2, lissière Aïko Konomi, Aubusson
Tapisserie de basse lisse, chaîne laine, trame en laine, soie
Capucine Bonneterre est une artiste particulièrement inspirée par « ce qui ne se voit pas au premier abord, ce qui frôle l’invisible, et glisse vers la poésie (…) un envers d’étiquette tissée, semblable à un paysage abstrait de fils flottés, des jeux de transparence et de superpositions, le mouvement d’un tissu sur le corps (…) ».
Ce manteau en tapisserie se déroule en un grand patron de vêtement, tissé en une seule pièce à plat puis assemblé sans coutures de finitions, par un système de pliage maintenu par des lacets. La créatrice expérimente un nouvel usage des jours et relais (séparations entre les fils de chaîne, lors des changements de couleurs et qui sont normalement refermés une fois le tissage fait) pour permettre ici le passage des liens. L’œuvre est modulable, peut se porter de plusieurs manières révélant ou non l’envers du tissage et ses fils libres.
Le choix d’utiliser la laine pour la chaîne de cette tapisserie est chose rare à notre époque où l’usage du coton prédomine. À l’instar des tapisseries anciennes, la tenue du textile s’en trouve assouplie, contribuant à la fluidité du vêtement.
Retrouvez le projet "Aubusson tisse Tolkien" en vidéo, les numérisations des films conservés au centre de documentation, des enregistrements et interviews audio, des documents d'archives, des extraits des fonds d'images de la documentation. Plongez au coeur de la fibre avec notre visionneuse en "gigapixels".
André Borderie s'est surtout fait connaître pour ses tapisseries : il aurait fait tisser à Aubusson plus de deux cents cartons, pour la plupart à l'atelier Camille Legoueix.
Né en 1923 dans une famille bordelaise, André Borderie s'oriente d'abord vers une carrière de fonctionnaire comme inspecteur adjoint aux télécommunications.
En 1945, il est orienté vers la peinture par l'affichiste Paul Colin. André Borderie s'est beaucoup intéressé à la sculpture (après une rencontre avec les sculpteurs Pierre et Véra Szekely dès 1946) et à la céramique.
En 1955, il adhère au groupe espace qui réunit des architectes et des artistes afin de promouvoir l'art en milieu urbain. En collaboration avec Maurice Prévert, Yves Roa, Gilles Thin ou Pierre Vigneron, il crée plusieurs sculptures monumentales. Il utilise alors divers médiums comme le béton, l'acier, l'inox, la céramique, la mosaïque et la peinture.
Encouragé à créer pour la tapisserie par Denise Majorel et Michel Tourlière, il obtient le Grand Prix national de la Tapisserie en 1962, et entame une riche carrière de peintre-cartonnier, avec des modèles abstraits jouant sur les effets plastiques de la lumière à travers les couleurs. Entre 1963 et 1979, la galerie de Denise Majorel La Demeure, la plus importante et la plus active dans le domaine de la tapisserie, organise pour lui pas moins de 6 expositions personnelles.
L’Europe s'engage dans le Massif Central en soutenant la Cité de la tapisserie sur le projet de "Matrice-tapisserie".
La manufacture Croc-Jorrand a été fondée dans les années 1820-1830 par Pierre Croc à Aubusson, à la confluence de la Creuse et de la Beauze.
Le site a ensuite été repris plusieurs fois avant de devenir aujourd'hui la MEFAA (Maison de l'Emploi et de la Formation de l'Arrondissement d'Aubusson).
Pierre Croc se lance dans la fabrication de tapisseries de basse-lisse, son fils s'associe ensuite à lui. À sa mort en 1868, c'est son gendre Adolphe Martial Jorrand qui prend la direction de l'entreprise. Il est lui-même rejoint par ses fils à partir des années 1890, Louis étant chargé de la gestion, Antoine de la partie artistique. Ce dernier, par sa fourniture de cartons, que ce soit à Aubusson ou aux Gobelins, est d'ailleurs considéré comme l'un des précurseurs de la rénovation de la tapisserie dès 1900. Il se tourne vers la tapisserie médiévale, tant pour ses caractéristiques plastiques que pour son écriture technique. On lui doit La Fée des Bois, créée en 1907.
Les membres de cette grande famille de tapissiers sont influents à Aubusson, où ils occupent différentes fonctions aussi bien dans le conseil municipal, au conseil des Prudhommes ou à la Chambre consultative des Artset Manufactures de la ville.
La manufacture Croc-Jorrand est une des deux grandes entreprises qui se tournent très tôt vers la production de tapis mécaniques à l'aide de métiers Jacquart à côté de la production de tapisserie de basse-lisse. Ainsi, la production de la manufacture estimée à 30 000 francs vers 1830, dépasse le million en 1878, employant alors plus de 450 ouvriers. De nombreuses médailles viennent récompenser ce travail, notamment une médaille d'argent à l'Exposition Universelle de Paris de 1867. Vers 1900, elle emploie encore près de 300 ouvriers au moment où elle est à nouveau récompensée d'un grand prix à l'Exposition universelle de Paris.
Après la Première Guerre mondiale, face aux difficultés, les établissements Croc-Jorrand fusionnent avec la manufacture Danton pour former une seule entité dont la raison sociale est "Aux Fabriques d'Aubusson". Cette société, dont le siège social est à Paris, au 13 rue Lafayette, a un capital de 4 à 5 millions de francs. Elle émet à ce moment-là plusieurs séries d'actions et emploie encore quelques 235 ouvriers. Elle réalise de prestigieuses œuvres pour l'Exposition internationale des Arts décoratifs de 1925, notamment pour le pavillon "Une ambassade française" avec un somptueux tapis d'après Édouard Benedictus.
Malheureusement victime de la crise économique qui frappe l'Europe et le monde au début des années 1930, elle fait faillite en 1932.
Voir une tapisserie au pixel près, c’est désormais possible.
Dans cette rubrique, la Cité internationale de la tapisserie met en ligne progressivement des numérisations de tapisseries en ultra haute définition. Il est ainsi possible de se promener fil à fil au cœur d’une sélection de tapisseries emblématiques de cinq siècles et demi de production en Aubusson.
En version test, vous pouvez naviguer dans la tapisserie La Rivière au bord de l’eau, d’après Olivier Nottellet, tissée par Bernard Battu à Aubusson. Cette tapisserie a reçu le 3e prix, lors du premier appel à création contemporaine lancé par la Cité en 2010. Plus d'infos sur cette tapisserie ici.
Ce travail au long cours a été initié par l’appel à projets numérisation du Ministère de la Culture et de la Communication. La numérisation des tapisseries en ultra haute définition a été réalisée par la société italienne Haltadefinizione.
