Tapisseries 1925

L'exposition internationale des Arts Décoratifs et Industriels modernes de 1925

Ouvrant ses portes après les années de guerre, le 28 avril 1925, l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes s’étale du Grand Palais à la place des Invalides sur vingt-trois hectares. Vingt et un pays participent, la plupart sont européens (l’Allemagne et les États-Unis déclinent l’invitation).

L’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 est à l’origine prévue pour refléter les considérations décoratives d’un début de siècle tourné vers l’avenir : réinventer le décor, rompre avec la tradition de copie d'ancien et rendre sa production accessible. Mais alors qu’ils sont tous attendus très modernes, les pavillons d’exposition se partagent entre tradition et un renouveau provoquant parfois l'indignation. Par exemple, la villa de l’Esprit nouveau de Le Corbusier (en illustration de cet article), très innovante, y fera scandale.

L’exposition se déploie en pavillons thématiques, de décorateurs et de provinces, dont les décors nécessitent des panneaux muraux et des tapis. De nombreuses pièces sont alors tissées dans les manufactrures privées d’Aubusson et de sa région (Felletin et Bourganeuf), utilisant tout autant la technique de la tapisserie de basse-lisse (métier horizontal) que celle du tapis au point noué (métier vertical). Ces commandes souvent spectaculaires permettent de faire venir dans la région aubussonnaise des modèles d’artistes ou de décorateurs à la mode.

Les nouvelles verdures d'Aubusson

Appel à création contemporaine 2013

A partir de 2010, un Fonds régional pour la création de tapisseries contemporaines a été mis en place pour organiser chaque année un appel à projets pour la création de maquettes de tapisseries contemporaines. Les œuvres lauréates sont destinées à rejoindre la collection du Musée de la tapisserie d’Aubusson, ainsi dotée de pièces contemporaines de haut niveau.

L’édition 2013 de cet appel à création contemporaine interroge un motif indissociable de l’histoire des tapisseries d’Aubusson : les verdures. Les candidats ont été invités à revisiter la relation très forte qui existe entre la tapisserie d’Aubusson et le monde végétal, sur le thème « Les nouvelles verdures d’Aubusson ».

12 finalistes ont été sélectionnés parmi plus de 220 dossiers reçus. A l’issue de leur audition par le jury le 14 octobre dernier, 4 lauréats ont été désignés.

Le Grand Prix a été remporté par le duo de designers Quentin Vaulot et Goliath Dyèvre, pour leur tenture en cinq pièces « Nouvelles verdures d’Aubusson ». Les argentins Leo Chiachio et Daniel Giannone ont reçu le 2ème Prix pour « La famille dans la joyeuse verdure ». Ces deux duos d’artistes verront leurs œuvres tissées en accord avec les savoir-faire et techniques reconnus par l’UNESCO, en grand et en petit format.

Le 3ème Prix a été attribué à Diane de Bournazel pour « Bordure des bois » et le 4ème Prix à Jane Harris pour « Deux parterres, un reflet ». Ces deux derniers prix seront tissés en petit format seulement.

Les verdures en Aubusson

Histoire des verdures à Aubusson

Histoire

Des mille fleurs aux feuilles d'aristoloches

Les premières mentions historiques au XVe siècle renvoient à des tapisseries à "larges bandes de couleurs et menus feuillages". Les premières tapisseries murales tissées dans la Marche (région d’Aubusson - Felletin) étaient des "mille fleurs", où telles des enluminures géantes, un herbier méthodique et coloré est tissé sur l’entière surface du textile.

Durant le XVIe siècle, les "verdures à feuilles de choux et bestiaire fantastique", adaptent à Aubusson un genre venu des Flandres : de larges feuilles abritent des combats d’animaux et hébergent une faune fantastique tirée des bestiaires médiévaux. Les enroulements végétaux créent une ambiance de nature foisonnante, imaginaire et pour autant émaillée de détails naturalistes : si ces "feuilles de choux", dites aussi "feuilles d’aristoloches" ne renvoient à aucune plante identifiable (plutôt à une forme ronde de la feuille d’acanthe), le premier plan des tapisseries fourmillent de petits détails : osiers émondés, reconnaissables à leur forme d’arbre "en trogne" ou "têtard", châtaigniers en fleurs, chênes dont les feuilles sont parfaitement reproduites... Une exceptionnelle suite de 10 pièces de ces tapisseries des années 1580 est conservée à Anglards-de-Salers dans le Cantal.

Les grands cycles iconographiques

Progressant vers son apogée en tissant de larges tentures de 6 à 8, parfois 12 tapisseries assorties, les grands cycles iconographiques, littéraires ou mythologiques du XVIIe siècle, utilisent des fonds de verdures pour accueillir en leur sein les aventures amoureuses de Renaud et Armide, les batailles de la guerre de Troie, les scènes pastorales de l’Aminte ou de l’Astrée.

Le XVIIIe siècle, âge d'or des verdures d'Aubusson

Durant le XVIIIe siècle, le sujet de la verdure s’impose comme objet unique de tissage. Plus on avance dans le siècle des Lumières, plus le motif de l’arbre devient objet de tapisseries, à tel point que ce sont de véritables "portraits d’arbres" à fleurs ou à fruits multicolores qui deviennent prétexte à de larges tableaux tissés, parfois créés par des artistes tels Jean-Baptiste Oudry. Le goût des turqueries et chinoiseries engendre de plantureux tissages de palmiers au sein des différentes verdures exotiques ou autres tentures chinoises inspirées de l’oeuvre de François Boucher.

5 siècles de verdures... et aujourd'hui?

Durant 5 siècles et demi d’histoire, le monde végétal est associé à la tapisserie, dans les tapis Napoléon III, dans l’alphabet décoratif de Jean Lurçat ou les recherches techniques menées par l’École Nationale d’Arts Décoratifs d’Aubusson pour rénover la tapisserie et l’ouvrir au modernisme des années 1920.

Aujourd’hui encore, dans ses expressions les plus contemporaines, feuilles, arbres, structurent les compositions, tel l’étrange arbre central du paysage paradoxal d’Olivier Nottellet, 3e Prix 2010 de la Cité de la tapisserie, ou la peau mi-végétale/mi-animale de l’étonnante sculpture Le Bain de Christophe Marchalot et Félicia Fortuna, Mention spéciale de l'appel à création 2012.

Les verdures d'Aubusson marquent une appropriation du végétal, fixé dans la laine pour échapper à la marche des saisons et emplir l’intérieur d’un jardin en permanente floraison, une immersion chaleureuse dans un cocon aux histoires enchantées...

C'est en se fondant sur cette longue histoire que la Cité de la tapisserie a lancé son appel à création contemporaine 2013 sur le thème "Les nouvelles verdures d'Aubusson".

Les fils de trame sont passés sur le « support » de tissage que constituent les fils de chaîne. La trame est la seule partie visible de la tapisserie à l’issue du tissage, reproduisant les formes et les couleurs du carton. Les fils de trame peuvent être de différente nature : laine, soie, fils métalliques, synthétiques, etc. Sur une authentique tapisserie d’Aubusson, les fils de trame pendent au dos de la tapisserie.

Enchevêtrer les filaments et les disposer en hélice afin d’améliorer la qualité du fil. La torsion modifie la solidité du fil : plus un fil est tordu, plus il est résistant. Le terme « torsion » désigne à la fois le sens de la torsion et le nombre de tours par mètre. Une dénomination a été établie en 1942. En Z : les spirales du fil tenu en position verticale ont la direction du trait oblique de la lette Z (dirigées du bas gauche vers le haut droit). En S : les spirales du fil tenu en position verticale ont la direction du trait oblique de la lettre S (dirigées du bas droit vers le haut gauche). Le degré de torsion désigne le nombre de tours par unité de longueur, c’est-à-dire le nombre de tours par mètre donnés à des fils simples.

La tonte est annuelle. 40 % de la toison est composé de gras, de saletés et de débris végétaux. Le dessuintage et le dégraissage permettent d’éliminer le suint.

Phase finale de l’exécution d’une tapisserie. On coupe les fils de chaîne pour découvrir la tapisserie dans son ensemble et sur son endroit (le tissage étant exécuté sur l’envers) pour la première fois.

Rapport existant entre le poids et la longueur du fil. L’unité de mesure est soit le numéro métrique – une longueur pour un poids donné – soit le denier ou système tex – un poids pour une longueur donnée.

Soie de deuxième qualité. Bourre de soie. Déchets du dévidage.

Soie de première qualité, représente le tiers de la longueur du fil. Fil net, brillant, précieux.